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Le blog du cinéma, de tous les cinémas

Magazines, revues (février 2015): la tête de Clint, l'âme d'Anderson

Publié le 28 Février 2015 par Curzio M in Parutions

Ces dernières années, je dois bien le dire, le nombre des metteurs en scène pour lesquels je suis prêt à braver grêle et foudre, puis à m'immerger à l'aveugle dans une salle non moins obscure que les promesses, souvent hasardeuses, d'une nouvelle "sortie" cinématographique; à me fier au seul nom, souvent écrit en minuscules caractères, que daigne nous livrer un bas d'affiche tout entier dévolu au vedettariat (phénomène qui, reconnaissons-le, ne date pas d'hier et n'est pas entièrement contraire, d'ailleurs, à l'esprit du cinéma), à l'inévitable et hideusement nommé marchandising; le nombre de ces survivants s'est fait de plus en plus infime.

Quelques retraites, officielles ou supposées (pêle-mêle, et tête-bêche: David Lynch, Ettore Scola, ou même Lars von Trier, dont il se chuchotait que le critiqué et non moins remarquable Nymphomaniac risquait de sonner le glas de ses ambitions artistiques...) ont achevé de me décourager. Et je me prends à considérer les almanachs que l'on peut encore trouver au détour de puces ou de brocantes, qui nous révèlent, semaine après semaine, les sorties en salles des années 60, 70... Le même jour, sortie d'un Bergman, d'un Woody Allen, d'un Bunuel, d'un Pialat, d'un Visconti... On croirait rêver, ou plutôt devoir rester, à présent et pour une décennie au moins, en disette d'émotions, d'émerveillements, de réelles colères, même.

La nostalgie ne se commande pas; elle s'apprivoise, sans accepter qu'on la musèle. Et il faut bien aller voir les Winter Sleep, Under the skin, Sils Maria, tous porteurs d'une authentique vision artistique. Pour autant, je n'y retrouve que rarement les éclats que semblait irradier le moindre film de Fellini. C'est le visage de marbre que je quitte un film de Tarentino, d'Almodovar, de Haneke, de Wes Anderson - et ce, quelles que soient les qualités que je doive bien reconnaître, à des degrés divers, à chacun de ces auteurs. Fort heureusement, les enthousiasmes demeurent, en nombre restreint, mais dans toute leur envergure. Margin Call, Léviathan, sont encore des oeuvres qui arrivent à me secouer. Je peux dire sans emphase que je ne suis pas tout à fait le même avant et après avoir vu Holy Motors, de Leos Carax. Et il me reste quelques noms à suivre. Sans hésiter ni même m'interroger.

Ce mois de février, deux magazines - Sofilm et Studio Ciné Live - ont pour chacun mis en valeur l'un de ces derniers francs-tireurs du septième art. Ce qu'il y a d'amusant, et de révélateur, c'est la manière dont chacun d'eux est présenté: le regard dur, perçant, Clint Eastwood s'étale sur toute la couverture de Studio Ciné Live, comme pour mieux promouvoir son alléchant American Sniper; tandis que c'est un montage adroit, bizarroïde, de photos refaites et agglutinées qui nous annonce, en ouverture de Sofilm, le retour de Paul Thomas Anderson avec Inherent Vice, déjà objet de fantasme pour de nombreux cinéphiles. Images adroites, ressemblantes à leurs modèles, de deux cinémas si différents, mais tout aussi remarquables l'un que l'autre: la démarche frontale, entière, brutale du vieux Clint - jeté dans la fosse aux ours par certains critiques du temps de L'Inspecteur Harry, et curieusement redécouvert par des critiques qui, ô surprise, semblent parfois être les mêmes - et le parcours tortueux, plein de détours, de maniaqueries superbes, de palinodies, du tout frais ou presque Anderson - non plus Wes, cette fois, mais Paul Thomas, celui qui accepte encore de faire violence, au sens le plus noble du terme, à ses spectateurs.

Tous deux auront leurs adversaires: ceux qui voudront, une fois de plus, mettre à prix la tête d'Eastwood, alias l'incurable Dirty Harry - ne trouvez-vous pas que la couverture de Studio Ciné Live ressemble furieusement aux vieux "Wanted" des westerns de notre enfance? - et ceux qui protesteront, en sortant de salles, ne "rien avoir compris" à Inherent Vice, film "alambiqué" par nature. Seulement voilà: faut-il céder aux sirènes du politiquement correct dont ce brave Eastwod commence tout juste à ne plus faire les frais? De même, qui peut, ou pourra jamais prétendre avoir tout compris d'un film, quel qu'il soit (sans même parler de Lynch ou d'Antonioni)? Mais rassurons-nous: pour continuer de douter de ces états de faits, Eastwood et Anderson resteront deux de nos éclaireurs.

Vous pourrez encore trouver dans certains commerces:

Sofilm, n°27 (février 2015).

Au prix de 4,50 euros en kiosque.

Studio Ciné Live, n°66 (février 2015).

Au prix de 3,90 euros en kiosque.

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