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Le blog du cinéma, de tous les cinémas

Moi, moche et méchant (Chris Renaud et Pierre Coffin, 2010)

Publié le 5 Juillet 2014 par Curzio M in Critiques

(Despicable Me)

Film d’animation de Chris Renaud et Pierre Coffin (2010).

Disponible en DVD (éditeur : Universal).

La recette, d’abord, comme dans la plupart des films d’animation - ce genre étant, entre tous, l’un de ceux qui s’adressent a priori au plus grand nombre. Elle consiste en un parti-pris, lui-même à demi incarné par le personnage du « méchant » ; mais un méchant qui occupe le devant de la scène, concentre l’essentiel de l’attention et finit par s’attirer – très vite – les faveurs du public. Le procédé n’est pas si vieux, et on en a trouvé, récemment, une illustration avec le Maléfique de Robert Stromberg (voir la critique publiée au sujet de ce film). Dans tous les cas, ou presque, la méchanceté, d’abord érigée en contre-valeur, n’est qu’un rideau de fumée, et s’efface au fur et à mesure du film, jusqu’à n’être plus qu’un prétexte : le méchant rentre dans le monde des humains, effectue une prise de conscience qui permet de préserver un happy end sans mélange ni tiraillement à la conscience. C’était bel et bien le cas avec Maléfique : aussi attendais-je « au tournant », et non sans une certaine méfiance, le scénario de Moi, moche et méchant.

Le fameux être « moche et méchant », promis par le titre du film, ne sera pas si laid, ni si terrible, aux yeux des adultes qui le découvriront. A ceux des enfants, sans doute un peu plus. Sorte de figure absolue du mal, de « super-héros » inversé, il s’est donné pour but, afin d’être fidèle aux espoirs placés en lui par son irréductible mère, d’accomplir les plus basses oeuvres ; mais vient le jour où la pyramide de Gizeh disparaît, et où il doit bien avouer… qu’il n’est pas l’auteur de l’exploit. La première partie du scénario nous fait traverser l’univers intime de ce personnage en marge, détesté autant que détestable, et nous rend complices de ses projets les plus farfelus : il lui faudra, pour envisager de voler la Lune (ni plus ni moins) demander un prêt à son banquier. Rien n’est très facile dans le monde des méchants, et les garanties sont tout aussi exigibles chez ces derniers que chez les citoyens que nous sommes. Ainsi le film ne se contente-t-il pas tout à fait de séduire le public enfantin : des allusions plus complexes, à l’évidence destinées aux adultes, sont également présentes, et portent la marque d'un esprit moqueur qui n'est pas sans rappeler celui des studios Dreamworks, connus pour avoir lancé la mode des Shrek et autres Madagascar - bien que Moi, moche et méchant ait été produit par Universal Pictures

Début agréable, donc, rehaussé par une esthétique qui, sans être révolutionnaire ni d’un raffinement fabuleux, reste soignée ; et qui accomplit même le tour de force d’une sobriété relative alliée à un sens du détail : à cet égard, il convient de noter ce qui fait l’une des forces du film, à savoir les figures secondaires, souvent hautes en couleur. La mère du héros, déjà citée, mais aussi le docteur Néfario, sinistre assistant aux allures de savant fou, et surtout une légion de petits être jaunes, tous semblables par leur couleur et par leur forme, mais occupés à des tâches multiples pour le compte du tyrannique Gru, et soumis à des déboires qui feront certainement la joie du spectateur, grand ou petit. Vient s’ajouter à eux, plus pâlot, le jeune Vector, adversaire de notre héros, dont l’apparence binoclarde et pré-pubère cache une ambition démesurée. Le rythme est alerte, et l’on ne s’ennuie pas, d’un bout à l’autre de Moi, moche et méchant : l’affrontement de Gru et de Vector est prétexte à des scènes savoureuses, que la seconde partie du film prolonge tout en les renouvelant, d’une certaine manière.

Pour s’emparer d’une arme détenue par son juvénile adversaire, Gru devra en effet s’adjoindre l’aide (inconsciente) de trois petites filles, seules capables de franchir les portes de la demeure visée. Alors s’amorce le changement auquel il fallait bien s’attendre : la froideur et le cynisme du héros ne résisteront pas longtemps aux assauts de tendresse de Margo, Edith et Agnes. Le scénario, dès lors, se contentera d’accompagner – et plutôt bien – l’évolution du personnage, son retour à une vie de famille – cela dit sans dévoiler la fin. On ne fera pas aux scénaristes le reproche d’avoir abusé des bons sentiments, même si l’on peut préférer, dans cette dernière partie, l’enchaînement adroit des séquences, l'imagination visuelle, à un léger discours – implicite – de retour dans le droit chemin…

De Moi, moche et méchant, je garderai ainsi le souvenir d’un film d’animation adroitement conçu sur le plan technique, et orné de figures pittoresques, parcouru de saillies cocasses ; cela sans éprouver l’ennui que j’avais connu avec Maléfique, où le personnage de la reine cruelle, emprunté à La Belle au Bois Dormant, n’était prétexte ni à des retournements humoristiques, ni à un rythme suffisamment soutenu. Peut-être suis-je plus sensible, cela dit, à l’aspect « gentiment » corrosif de certains films estampillés Dreamworks, ou proches des studios en question, qu’à celui des récents Disney (Pixar), quand bien même ceux-ci s’efforceraient-ils de renverser leurs propres mythes (mais, justement, sans jamais aller jusqu’au bout de cette démarche).

J’avais d’abord pensé faire une critique de Moi, moche et méchant 2 à la suite de celle-ci, mais celles et ceux qui n’ont pas vu le premier volet auraient pu y trouver, même d’un œil distrait, des éléments qu’ils n’auraient pas souhaité connaître. Cela dit, j’engage les spectateurs de Moi, moche et méchant à regarder cette suite, tout aussi animée et peut-être même plus drôle encore, plus riche en situations diverses propres à amuser enfants, adolescents et adultes. De nouvelles thématiques (la rencontre amoureuse, les rapports conflictuels entre les générations) y sont exploitées avec bonheur, et justifient pleinement (le fait est assez rare) ces nouvelles aventures de Gru et de ses proches.

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