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Le blog du cinéma, de tous les cinémas

The Two Faces of January (Hossein Amini, 2014)

Publié le 30 Juin 2014 par Curzio M in Critiques

Film franco-britanno-américain de Hossein Amini (2014), avec Viggo Mortensen, Kirsten Dunst et Oscar Isaac.

En salles depuis le 18 juin.

Un Américain fortuné, en vacances au bord d’une Méditerranée bleue et ensoleillée à souhait, un jeune homme envieux, en rupture avec sa famille (américaine elle aussi), un meurtre commis dans une chambre d’hôtel et un cadavre transporté sous l’œil de témoins fâcheux, une usurpation d’identité. Voilà qui devrait rappeler à de nombreux cinéphiles au moins deux films, réalisés à quarante ans de distance mais tous deux adaptés du même livre : Plein Soleil, de René Clément (avec Delon), et Le Talentueux Mr Ripley, d’Anthony Minghella (avec Matt Damon). Le mystère de ce rapprochement s’estompe aussi vite qu’il s’est formé, dès lors qu’on apprend que The Two Faces of January emprunte son récit, ses personnages et son décor léché à un roman du même auteur : Patricia Highsmith. Ses lettres de noblesse, aussi, dirait-on : du moins, c’est ce qu’essaye de faire Hossein Amini, déjà remarqué il y a trois ans comme scénariste de Drive.

Deux faces pour Janvier, donc, mais trois visages pour cette intrigue qui relègue à l’arrière-plan, et de très loin, tout autre personnage que les principaux. Ceux-ci gravitent au gré d’un triangle amoureux mouvant, énigmatique, impalpable : le couple formé par Chester et Colette MacFarland (Viggo Mortensen et Kirsten Dunst) va ainsi se disloquer très vite, et sans déclaration ni explication de part et d’autre, une fois croisé le regard de Rydal Keener (Oscar Isaac). Celui qui n’était qu’un guide véreux à la recherche de touristes complaisants et naïfs devient l’élément qui détraque la machine : un grain de sable « nécessaire », mais tellement ténu qu’on est en droit, d’emblée, d’y trouver à redire. S’il est bon que le personnage en question demeure opaque, pour permettre à l’intrigue de conserver sa part d’ombre, il le serait tout autant que le scénario, ou le jeu d’acteur, insuffle davantage de personnalité, même sous-jacente, à ce « troisième homme ». Au lieu de cela, on doit se contenter des coups d’œil à la dérobée d’Oscar Isaac, et d’une interprétation le plus souvent réduite au minimum de l'expression.

Le résultat ne se fait pas attendre : il ne faut pas plus d’une demi-heure pour que le malheureux soit écrasé par la présence de Viggo Mortensen, hautain, dominant, impérial. Et cela, alors que le scénario nous invite à suivre une direction inverse : pour peu que l’on s’en tienne aux différentes étapes de l’intrigue, c’est Mortensen qui devrait se retrouver pris au piège de cet Isaac qui met en danger sa vie de couple et sa vie d’homme libre (le couperet de la justice faisant très vite son apparition). Le film évolue ainsi à rebours de ses acteurs, le premier trop imposant (aussi bien physiquement que par l’énergie qu’il dégage) pour le second, presque timoré. Un comble, puisque les images démentent, en quelque sorte, l’histoire qui nous est donnée à suivre. Et l’on aurait peine à croire à cette course-poursuite dans les rues tortueuses de la Grèce, et sur ses rivages écrasés de soleil, si plusieurs éléments ne retenaient tout de même l’attention.

L’esthétique, avant tout, sur laquelle mise (mais un peu trop) le réalisateur. De nuit, mais surtout en plein jour, le sol méditerranéen est photographié avec un soin assez remarquable, et bien que l’aspect « carte postale » soit parfois un peu trop souligné, on se laisse entraîner avec plaisir à travers les marchés d’Athènes, les ruines millénaires, les ports de pêche grouillant de vie ou au contraire désertés. Le spectacle est agréable, et l’on s’y abandonnerait volontiers ; mais constamment, comme un aiguillon capricieux, revient à notre esprit ce qui fait le fond même du film : un suspense avant tout, une histoire de crimes, de dissimulations, de fuites et de pièges en tous genres. A cela, on peut ajouter un arrière-plan sentimental, qui mérite aussi d’être pris en considération. Sur chacun de ces deux cheminements, il faut bien porter un regard également.

Faut-il voir dans cette double lecture (course-poursuite et désordre amoureux) les « deux visages » imposés d’emblée par le titre du film? Le suspense souffre à lui seul de plusieurs temps morts : un récit lent à démarrer, des scènes de restaurant et de visites qui structurent l’évolution des sentiments mais qui freinent l’enchaînement des péripéties. Les rebondissements s’avèrent peu nombreux, quand on porte sur The Two Faces of January un regard d’ensemble. Détail amusant : l’un d’entre eux, non des moindres, intervient au bout d’une heure de pellicule très exactement. On m’avait expliqué, il y a quelque temps, que c’est au bout de cette durée, lorsque l’attention du spectateur risque de se relâcher fortement, qu’un scénariste habile introduit l’élément inattendu qui réveille l’intérêt…

Quant au couple de touristes, et à la passion naissante (peut-être partagée) de Kirsten Dunst pour le jeune et séduisant Oscar Isaac… Il faudra se satisfaire des non-dits, aucun dialogue ne permettant d’éclaircir vraiment ce qui fait la clef de voûte de ce triangle de sentiments. D’un bout à l’autre, il faut chercher dans les gestes, les regards, ce que les dialogues ne justifient pas ; mais ce choix du metteur en scène (également scénariste) Hossein Amini est tout à fait respectable, même courageux, si le spectateur veut bien admettre de ne pas se voir livrer les clefs, même au bout d’une heure et demie de film. On observera par ailleurs une autre intrigue sentimentale, celle qui trace le troisième côté du triangle déjà évoqué: l’admiration, progressive et souterraine, du guide Rydal Keener pour ce Chester MacFarland, ennemi et modèle tout à la fois, sorte de reflet de soi plus accompli et mieux affirmé (second visage de janvier, peut-être bien, incarné par un Viggo Mortensen très convaincant, et, comme on l’a dit, dominant de loin l’ensemble de l’oeuvre). Là aussi, on pense aux films qui précèdent, à Plein Soleil, à Mr Ripley… Qui emportent, l’un et l’autre, bien plus notre adhésion, et ont bien plus de chances de rester dans la mémoire collective. D’ailleurs, des deux visages de Janvier, ou des trois qui se rencontrent devant la caméra de Hossein Amini, lequel peut avoir le dur éclat de celui de Delon sortant de la mer ?

PS: En hommage aux deux visages de Janvier, je propose cette fois deux bandes-annonces, l'une en VO, l'autre en VF. Faites votre choix!

En version originale.

En version française.

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