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Le blog du cinéma, de tous les cinémas

Sans mobile apparent (Philippe Labro, 1971)

Publié le 12 Juin 2014 par Curzio M in Critiques

Film franco-italien de Philippe Labro (1971), avec Jean-Louis Trintignant, Dominique Sanda, Sacha Distel, Jean-Pierre Marielle, Stéphane Audran, Carla Gravina, Laura Antonelli, Paul Crauchet, André Falcon…

Diffusé sur Arte le 9 juin 2014.

Indisponible en DVD…

De prime abord, un titre banal, qui n’inspire guère confiance : on croit avoir affaire à une adaptation besogneuse d’un quelconque volume de Série Noire, comme on a pu en voir des multitudes dans le cinéma français des années 60-70. La question du mobile d’un crime est, de toute évidence, l’un des fondements du film policier. Aussi se demande-t-on, avant même d’avoir vu le film, si Philippe Labro peut réellement nous surprendre à ce niveau, nous maintenir dans une hésitation permanente - sans même parler d’innover sur le plan technique. Lourd cahier des charges : la concurrence des Melville, des Corneau, des Deray, se fait inévitablement sentir. Labro semble y avoir pensé, et n’a pas lésiné sur certains moyens pour présenter un polar digne de ce nom.

La distribution, en premier lieu, frappe par son exigence : Jean-Pierre Marielle, Stéphane Audran, Laura Antonelli en seconds couteaux (petite référence, aujourd’hui vieillie : on croise aussi Sacha Distel, qui se livre à une auto-dérision d’assez bon aloi), mais surtout, Jean-Louis Trintignant et la magnifique Dominique Sanda : deux comédiens dont la filmographie brillante ne pâtit que de très rares fautes de goût. Aucun doute, donc : nous sommes en excellente compagnie pendant une heure et demie, et même si « Trin-Trin » - que j’adore – n’est pas à son sommet ici, il porte à bout de bras la majeure partie du film et s’en tire largement avec les honneurs.

Vient ensuite le scénario. La première impression serait-elle la bonne ? On pourrait le croire, en découvrant lors du générique que Labro adapte bel et bien une Série Noire peu connue (écrite, sous un pseudonyme, par Ed Mc Bain, en son temps scénariste d’Alfred Hitchcock). L’argument de départ est assez simple : sur une Côte d’Azur de carte postale, le très propret inspecteur Carella doit faire face, dans le très mince intervalle de quelques journées seulement, à une succession de morts par balles. Le titre du film prend alors tout son sens : pour l’inspecteur, il s’agira autant de chercher un coupable que de percer le mystère qui unit de manière certaine quatre victimes, en tous points différentes. Etablie selon une assez bonne progression, qui disperse les indices tout en réservant les surprises nécessaires pour le spectateur retors, l’enquête retient l’attention, malgré quelques longueurs, des scènes qui semblent inutiles et des maladresses qui rendent le tempo un peu discordant. De ce point de vue, le contrat est honoré tant bien que mal, et l’on ne regrette pas d’avoir fait confiance à Labro pour se voir offrir un agréable divertissement.

C’est ensuite que les choses se gâtent. Filmé de manière souvent hasardeuse, tâtonnante, presque brouillonne, Sans mobile apparent peine à capter notre regard et à le diriger vers l’objet visé. La caméra se déplace au gré des mouvements des personnages, des points de mire (ah, les futures victimes dans l’œil de l’objectif !), mais n’offre pas ce regard d’ensemble qui rendrait palpable l’agitation générale, le nœud inextricable dans lequel se débattent enquêteurs, victimes, et peut-être bien le coupable lui-même. Nous sommes ainsi condamnés à nous dépêtrer de plusieurs prises de vue tremblotantes, maladroites, qui apportent leur lot de ridicule : la scène d’assassinat au bord de la piscine constitue à ce propos un morceau de choix, et en deviendrait même savoureuse, si l’on ne devait garder à l’esprit l’enjeu du film. Toutes ces erreurs de parcours nuisent indiscutablement à la lisibilité de Sans mobile apparent, et en font une œuvre mineure dans le cinéma français des années 70. Pas indigne pour autant.

La présence subtilement perverse de Dominique Sanda rehausse l’intérêt de plusieurs scènes que l’on serait en droit de juger légères, ou même affectées. Quelques personnages secondaires - dont un astrologue spécialisé dans les transferts en Suisse, et une cliente « naïve » - ne manquent pas de piquant, et sauvent le film d’une fadeur qui menace à plusieurs endroits. C’est Ennio Morricone qui est en charge de la musique, et comme d’habitude, c’est un choix heureux…

Au vu de ces ingrédients, et de quelques autres, que Philippe Labro s’est plu à mettre dans cette « honorable » tambouille, on ne trouve pas le temps si long que ça : mais était-ce le seul but de l’auteur ? On peut en douter, assurément ; tout comme l’on peut faire fi des faiblesses évidentes du film et piocher d’un bout à l’autre : la récolte est somme toute pittoresque. Quant à Labro lui-même, il fera un peu mieux, quelques années plus tard et en compagnie de Bébel, avec des films comme L’Alpagueur ou L’Héritier ; mais sans doute pas avec le très surfait Rive droite, rive gauche

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