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Le blog du cinéma, de tous les cinémas

The Homesman (Tommy Lee Jones, 2014)

Publié le 19 Mai 2014 par Curzio M in Critiques

Film américain de et avec Tommy Lee Jones (2014), avec également Hillary Swank, Meryl Streep et James Spader.

En salles depuis le 18 mai.

De nouveau un western en salles, et de nouveau, c’est un grand acteur qui passe derrière la caméra pour filmer les grands espaces. La liste des prédécesseurs est longue : Eastwood (Impitoyable), Costner (Open Range), Harris (Appaloosa, récemment critiqué sur ce blog)… C’est maintenant au tour de Tommy Lee Jones, grand habitué des rôles de sheriffs solitaires ou de justiciers en errance (No Country for Old Men, Trois Enterrements), de relever le défi.

Force est de reconnaître qu’il a voulu mettre toutes les chances de son côté : scénario solide, adapté d’un roman dont l’auteur aurait visiblement collaboré (bien qu’il ne soit pas crédité au générique), participation d’Hillary Swank et de plusieurs seconds rôles savoureux (dont James Spader, que j’ai trouvé méconnaissable), mouvements de caméra discrets mais efficaces (Jones privilégie les plans fixes ou les travellings légers, sauf lors d’une scène de bagarre, et ce n’est sans doute pas plus mal).

Le point d’ancrage du film réside tout entier dans le personnage interprété par Hillary Swank : Mary Bee Cuddy, femme déçue dans son goût pour la musique comme dans ses relations avec les hommes, et pionnière qui va vouloir s’affirmer dans un univers de brutes épaisses ou d’indifférents (ce qui nous vaut dès le début une scène assez remarquable de tirage à la « courte paille » avec des haricots).

On a glosé tant et plus sur le Far West et sur ses aspects phallocratiques ; mais Tommy Lee Jones n’est pas le premier à vouloir mettre à mal ce cliché. Du moins le fait-il jusqu’au bout, comme le montre très vite l’inflexion prise par le scénario : l’enjeu, pour Mary Bee Cuddy, sera de partir pour l’Iowa, et d’en ramener à la force du poignet et de la raison trois femmes qui ont sombré dans la folie. En quelques brèves scènes assez éprouvantes (aussi bien pour leur violence que pour la manière dont elles font « éclater » la structure du récit), le destin de ces trois femmes est évoqué, et de cette impasse va naître, paradoxalement, la quête de l’héroïne.

Le jeu convaincu et convaincant d’Hillary Swank emporte l’adhésion, vite rejoint par celui de Tommy Lee Jones, qui n’apparaît qu’au bout d’une vingtaine de minutes ; et la grande force du film, jusqu’au bout, résidera dans la confrontation de ces deux personnages, dans leur évolution, mise en scène avec une certaine finesse, et dans l’issue qui sera la leur. En cela, The Homesman est, à mon sens, davantage un film sur les relations de l’homme et de la femme qu’un pur western, si l’on entend ce genre comme celui de la conquête ou de la revanche. Ici, l’affrontement est surtout psychologique : les scènes d’action elles-mêmes ne font que sous-tendre la progression de ces deux êtres en marge, en errance, que sont Mary Bee Cuddy et George Briggs.

Je ne peux terminer cette critique sans mentionner un autre atout du film : l’humour de certaines scènes (une délectable entrée en scène de Tommy Lee Jones), qui n’affaiblit pas la vision tragique de l’œuvre, mais la nuance agréablement. La fin, en revanche, a une fâcheuse tendance à traîner en longueur, ce qui lui fait perdre de son efficacité et retarde le dénouement plus que nécessaire (quelques minutes de moins auraient peut-être suffi à l’alléger).

Pour conclure, The Homesman me semble la preuve que le western peut encore se renouveler, et demeure un genre proprement cinématographique, celui qui permet le mieux, peut-être, d’explorer l’espace et de se l’approprier. Jones aurait-il voulu montrer que cet espace pouvait être aussi bien l’étendue désertique de l’Iowa et du Nebraska que l’intériorité de ses héros, et leur avenir calciné ? Si tel est le cas, il a, très clairement, su mener de front ces deux traversées.

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