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Le blog du cinéma, de tous les cinémas

Cartouche (Philippe de Broca, 1962)

Publié le 29 Mai 2014 par Curzio M in Critiques

Film français de Philippe de Broca (1962), avec Jean-Paul Belmondo, Claudia Cardinale, Jean Rochefort, Jess Hahn, Odile Versois…

Disponible en DVD (éditeur: Studio Canal).

Empanaché, l’œil vif et plein de fougue, il s’approche de l’écran et y trace avec une grande plume d’oie un C majuscule, sa marque en même temps que l’initiale de son nom. Ce héros d’un autre temps n’est ni celui, plus populaire, qui signe d’un Z, ni Robin des Bois, dont il partage pourtant le désir de justice et la liberté. Il ferraille, redistribue les richesses, tourne en ridicule les puissants, les lâches, mais vole aussi de femme en femme, jusqu’à oublier celle qu’il aime.

Ce célèbre bandit du XVIIIème siècle, qui se fait appeler Cartouche et terrorise la noblesse, a réellement existé, et c’est ici Belmondo qui lui prête ses traits. Difficile d’imaginer, il est vrai, meilleur interprète que notre Bébel pour une figure aussi flamboyante. Du début à la fin, il traverse l’écran comme une flamme, ou le rature, jamais en reste d’un éclat. Belmondo, qui a déjà tourné avec Godard (A bout de souffle), avec Melville (Léon Morin, prêtre), et qui s’apprête à connaître une popularité extraordinaire, avec des films comme Un singe en hiver ou L’Homme de Rio. En acceptant de tourner dans Cartouche, c’est peut-être dans le plus beau et le plus exalté des films de cape et d’épée français qu’il s’engage, faisant par la même occasion ses premières armes dans le domaine de l’aventure, plus tard son terrain de prédilection.

Avec Cartouche, de fait, Philippe de Broca signe probablement son chef-d’œuvre, ce qui n’est pas peu dire au regard d’une filmographie où se disputent la popularité et l’exigence cinématographique, malgré une fin de carrière en demi-teinte : Les Tribulations d’un chinois en Chine, Le Magnifique, ou encore le remarquable Diable par la queue, ne sont pas de ces films qui quittent facilement les mémoires.

Ici, le réalisateur se surpasse pour nous offrir le plus délicieux des spectacles. Caméra alerte, couleurs chatoyantes, panache, beauté des répliques de l’écrivain Daniel Boulanger, humour, raffinement des costumes, pittoresque des seconds rôles (le « duo » Jean Rochefort – Jess Hahn), très belle musique de Georges Delerue, et même pointe de libertinage, ne sont que quelques-unes des virtuosités de l’œuvre. Ce tableau vivant soulève l’enthousiasme, tantôt amuse, tantôt émeut : les émotions qu’il suscite alternent ou coïncident, et on ne peut qu’admirer le savoir-faire du réalisateur, qui permet d’en faire une synthèse aussi étourdissante. Clou indiscutable du spectacle : ce rafraîchissant hymne à la liberté, qui n’a pris aucune ride, trouve son accomplissement dans une fin magnifique (les cinq dernières minutes, selon moi, comptent parmi les plus belles de tout le cinéma français).

Quant à Claudia Cardinale, superbe, elle incarne un personnage féminin qui impressionne par sa liberté en même temps que par son courage : deux valeurs qui courent à travers le film, et auxquelles elle apporte une force supplémentaire. D’elle et de Belmondo, aucun des deux ne supplante l’autre, encore moins ne le fait oublier, et l’image que l’on garde du film, après l’avoir vu, reste celle de ce couple éphémère : là aussi, qualité, et qualité rare, tant il peut s’avérer difficile d’offrir, à part égale, la tête d’affiche d’un long métrage.

Cartouche est de ces films qui peuvent toucher tous les publics, tous âges et toutes sensibilités confondus : sa richesse en fait une sorte d’œuvre complète, un tableau auquel on ne voit rien à rectifier, aucune touche à apporter. Puisqu’il faut être parfaitement honnête, on avouera qu’un détail, un seul, manque le coche : la tonsure peu crédible de Jacques Balutin, moine coureur de jupons ; mais il faudrait être mesquin pour broder à partir de là. Il est à souhaiter que le film continue de trouver son audience, et soit pour cela largement diffusé à l’avenir : avis aux chaînes de télévision, direz-vous. Peut-être pouvons-nous compter sur Arte…

On ne tourne plus beaucoup, à l’heure qu’il est, de films de cape et d’épée. A croire que ce genre, qui incarnait une soif de liberté somme toute très française, ne correspond plus aux attentes de notre époque. Claudia Cardinale, dans Cartouche, le dit très bien à Belmondo: « Amuse-toi : ça empêche de mourir. » Tant qu’il saura s’amuser, et amuser, sans perdre de vue la rigueur qui lui est nécessaire, le cinéma ne mourra pas ; cela dit, un film de divertissement d’une densité comparable à celle de Cartouche n’est pas une récompense si courante pour le spectateur d’aujourd’hui. Les moyens abondent plus que jamais, les films aussi, mais qui rendra au cinéma français le brio de Philippe De Broca ?

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FraGio 29/05/2014 21:13

bell'articolo! Mi ha dato voglia di vedere questo film! Fra